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    December 30

    Shakespeare et l'électroménager

    Comme chacun sait, la traditionnelle "pièce de Shakespeare au programme", à l'Agreg d'anglais c't'année (cette tradition ne s'est jamais démentie) est The Tragedy of Coriolanus, une libre adaptation pour le théâtre, par Sir William, de la Vie de Coriolan de Plutarque. (Coriolanus est généralement rebaptisé Coriolan dans les traductions françaises, car il semble que les Gaulois d'aujourd'hui aient beaucoup plus de mal, avec la prononciation d'un nom propre se terminant en "anus", que les Anglais ou les antiques Romains).

    Synopsis: à l'aube de la République romaine, le général Caïus Martius a un statut un peu paradoxal, dans la vie politique et sociale de la Cité: d'un côté, il est à la fois son héros et protecteur vénéré, un soldat tenu pour invincible et sans lequel Rome, pense-t-on, serait dans la merde; de l'autre, dans le conflit social qui oppose les patriciens, dont il fait bien sûr partie, et les plébéiens, il est celui qui cristallise le plus la haine de ces derniers, car, contrairement aux autres patriciens, il ne fait aucun effort pour modérer ou dissimuler son mépris et sa répulsion quasi-nazis pour la plèbe.
    La pièce s'ouvre sur une révolte plébéienne provoquée par une disette, qu'un patricien particulièrement diplomate, l'épicurien Menenius Agrippa, arrive à peine à calmer par ses blagues et ses fables rhétoriques bidons... Martius débarque bientôt, insulte la plèbe de manière bien violente, fait remarquer, dépité, que pour les calmer, le Sénat leur a accordé des tribuns, et finit en annonçant que les Volsques, une peuplade voisine et ennemie, s'apprête à lancer une offensive contre Rome, et qu'il va falloir partir en guerre.
    Le reste de l'Acte I nous présente d'un côté la famille de Martius attendant son retour (son aimante femme Virgilia, son fils, le jeune Martius, d'un tempérament aussi belliqueux que son père, et sa mère Volumnia, une matrone romaine qui a élevé Martius seule, dans le respect absolu des valeurs guerrières et patriciennes de Rome), de l'autre, la guerre avec les Volsques, pendant laquelle, abandonné par son régiment de soldats plébéiens pragmatiques, Martius prend la ville volsque de Corioles à lui tout seul.
    Le retour à Rome se solde donc par son triomphe, le surnom de Coriolanus lui est accordé en commémoration de sa splendide victoire, et le voilà désormais, au grand plaisir de sa mère, pressenti pour devenir Consul.
    Par ailleurs, pendant la guerre, nous avons découvert le personnage de Tullus Aufidius, l'équivalent volsque de ce que représente Martius/Coriolanus pour Rome, et la relation ambiguë entre les deux hommes, qui se haïssent et s'admirent mutuellement.

    Coriolanus est donc pressenti pour être Consul, mais bientôt, les intrigues de tribuns terrifiés à l'idée de voir le pouvoir aux mains d'un tel facho, ajoutées à l'incapacité de Coriolanus à témoigner au peuple un respect qu'il ne lui porte pas, vont amener son irrémédiable chute politique, et son bannissement pour haute trahison, après qu'il ait exposé publiquement son désir de voir les tribuns virés du Sénat et la plèbe réduite au silence servile qu'elle mérite selon lui.

    Jeté hors de Rome, rongé par le dépit et la haine qu'en engendre naturellement son tempérament coléreux et vindicatif, le protecteur de la cité, son plus grand archétype du patriotisme et de l'héroïsme guerrier, décide de s'allier aux Volsques et de mettre Rome à feu et à sang pour venger ce qu'il estime être un impardonnable affront de la part de sa patrie. Il se met à disposition d'Aufidius dans la cité volsque d'Antium, et son ancien ennemi, bien conscient de l'avantage stratégique que cela lui procure, l'accueille en frère.

    En un rien de temps, les Volsques, sous le double commandement d'Aufidius et de Coriolanus (mais surtout sous le commandement de Coriolanus, en fait, car il se fait en un rien de temps le seul vrai chef respecté des régiments de Volsques qu'il conduit, et Aufidius s'efface stratégiquement, attendant son heure... What the fuck ?!? ), mettent effectivement le territoire détenu par Rome à feu et à sang, et parviennent aux portes de la cité. Les Romains sont bien sûr en effervescence, leur héros, leur Hercule à eux est devenu leur croquemitaine, les patriciens terrifiés passent leur temps à huer les tribuns pour avoir amené ce malheur sur la cité...

    Trois délégations patriciennes sont envoyées, tour à tour, pour essayer de fléchir Coriolanus dans son impénétrable résolution d'anéantir Rome. La première consiste en le général Cominius, Consul en place et supérieur hiérarchique de Coriolanus lors de la guerre du début de la pièce, en bref vieux camarade de combat auquel il est évident que Coriolanus ne pourra refuser de lui accorder la grâce pour Rome... Mais Cominius se heurte à un véritable mur de morgue et de détermination sanguinaire. Menenius Agrippa, le patricien conciliateur mentionné plus haut, et que Coriolanus est censé "aimer comme un père", part à son tour au camp volsque tenter de faire entendre raison à son ancien compatriote. Coriolanus l'envoie paître aussi aisément que Cominius, soulignant en aparté à Tullus Aufidius cette fière démonstration de son imperméabilité au sentimentalisme, cette preuve que les Volsques peuvent compter sur son inflexibilité dans cette affaire.

    La troisième délégation est composée de Volumnia, mère de Coriolanus, de son épouse Virgilia, d'une troisième femme de Rome, Valeria, et du fils de Martius et Virgilia, le jeune Martius. Devant les supplications, les exhortations, les menaces de suicide, les admonestations, etc., de sa famille, et notamment de sa mère (à laquelle, on s'en est rendu compte plusieurs fois dans la pièce, Coriolanus est incapable de dire non très longtemps), Coriolanus finit par se laisser fléchir, et déclare, au nom des Volsques, la paix avec Rome.

    Rome est sauvée. Mais Coriolanus, qui retourne dans la cité volsque d'Antium pour argumenter sur son choix devant le Sénat volsque, et qui est bientôt poussé à bout par les insultes, les accusations de "traître" et de "pleurnichard petit fifils à sa mémère" que lui lance Aufidius, finit par tirer son épée, par créer un mouvement de foule à la faveur duquel des conspirateurs alliés d'Aufidius l'assassinent.




    Si je poste aujourd'hui sur cette pièce tout à fait excellente et tout à fait complexe, et a fortiori si je poste sous le titre déroutant que j'ai choisi pour ce topic, c'est parce que, après en avoir vu deux premières versions (la version BBC de 1984 qu'on m'avait prêtée en DVD, et qui assez chiante et un peu ridicule, puis l'excellente mise en scène de Christian Schiaretti que je suis allé voir, avec d'autres agrégatifs il y a quelques semaines, au Théâtre National Populaire de Villeurbanne), j'ai découvert hier soir, sur une cassette vidéo américaine que j'avais acheté sur amazon.com, la version Z de Coriolan!!! Il s'agit d'une mise en scène télévisuelle, comme pour celle de la BBC, mais qui date de 1951, et a été tournée dans le cadre d'un émission intitulée "Westinghouse Studio One", qui présentait ainsi, pendant tout l'été, leurs versions télévisées de diverses pièces de théâtre... Bon, déjà, le "concept" du film, à savoir le décor n'est plus la Rome antique mais l'Italie fasciste, n'en est pas un, tout au plus un gadget rigolo (oh, des gens habillés en soldats des années 30 qui récitent du Shakespeare!) - ce qui est fort dommage, car vu la réflexion assez complexe sur la dichotomie démocratie/despotisme que recèle évidemment le texte de Shakespeare, une mise en scène de ce genre aurait pu être super intéressante; enfin, bon.

    Outre cela, il faut savoir qu'un tiers de la pièce, au moins, a été virée, si bien que, par exemple, Aufidius n'apparaît qu'à la toute fin et on n'a pas la moindre idée de sa "relation" avec Coriolanus... et ce qui reste est super-expédié (le tout dure une heure alors que la version BBC et la version live à Villeurbanne duraient toutes deux trois heures et demie), à tel point qu'on se demande parfois si les acteurs ne récitent pas leur texte en accéléré...

    ...et, enfin, j'en arrive à la vraie raison de mon post!! la raison pour laquelle je suis très content d'avoir acheté cette VHS: figurez-vous que Westinghouse, les producteurs de cette émission, ne sont autres qu'une marque d'électroménager, et qu'à deux reprises pendant le film, les mésaventures politiques du pauvre Coriolanus sont interrompues pour permettre à une ménagère des années 50 de nous vanter, tout d'abord, les mérites du réfrigérateur Westinghouse, puis ceux de la machine à laver Westinghouse! Voilà. Imaginez le plaisir déviant qu'on peut avoir à posséder un très rare enregistrement d'une émission qui cherche à vendre des frigos et des machines à laver grâce à Shakespeare... et vous comprendrez ma joie.

    June 11

    Coupe de l'immonde

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    January 19

    ¡Avís a la populación!

    Mende (Lozère). Un proviseur a été révoqué pour le caractère "pornographique" du blog à l'écriture duquel il s'adonnait dans ses heures de loisir, sous le pseudonyme de Garfieldd. Problème:
     
    1) jamais lu le blog en question, mais il y a déjà à peu près 1800 particuliers, dont ma pote Alinet, prêts à témoigner, dans une pétition de soutien à la procédure d'appel de Garfieldd, de la non-pornographie dudit blog; en gros le monsieur y parlait de sa vie en général, avec des rubriques (plutôt idéalistes) sur son métier, et d'autres (humoristico-grivoises) sur son homosexualité. Pas de quoi fouetter un chat, donc, a priori.
     
    2) quand bien même son site aurait été une succursale de Marc Dorcel, la pornographie n'est pas, à ma connaissance, illégale en France... N'est-ce pas, Marquis?
    SADE: "Personnellement, ça fait longtemps que je n'ai pas eu le moindre problème avec l'Education Nationale française..."
     
    ... ce qu'il fait de son site ne regarde donc (dirais-je) que moyennement ses employeurs, tant qu'il n'invite pas ses élèves à s'y abonner ou à y poser nus.
     
    Enfin, bon, si ça intéresse quelqu'un, voici un ou deux articles succincts, et puis revoilà l'adresse de la pétition.